
Les traversées des mots
Poésies slamées de Alain-Pierre Noyer
Paru en mai 2022 dans la Collection L'âme des poètes (Ouvrage épuisé)


(Ouvrage épuisé)
Prélude : Conversation avec Lydie Chartier (poète et éditrice)
LC. Parlez-nous un peu de votre histoire.
APN. J’ai toujours été épris de liberté, de fraternité et de valeurs humanistes.
En mai 68, j’avais 20 ans, je n’étais pas sur les barricades mais je me passionnais déjà pour les débats de société à la Maison des jeunes.
Rapidement remarqué pour ma voix de stentor, je fus sollicité pour animer bénévolement les grandes fêtes populaires du Parti socialiste et le fameux festival de Bouloire, dans la Sarthe, qui réunissait tous les styles artistiques.
Ce fut l’occasion pour moi de côtoyer de grands chanteurs poètes (Nougaro, Mouloudji, Perret, Michèle Bernard…).
Ces multiples rencontres m’ont donné l’envie de contribuer à faire connaitre l’ensemble des artistes défenseurs de notre belle langue, avec un Dictionnaire des Chanteurs francophones de 1900 à nos jours, qui m’a demandé cinq ans de travail et a été édité en 1989 par le Conseil International de la Langue Française.
LC. Depuis quand écrivez-vous ?
APN. J’ai commencé à écrire dès l’âge de seize ans et j’ai publié mon premier recueil de poèmes, Électrodes, à 21 ans.
Il faut dire que je marchais dans les pas de mon grand-père Léon Blaizac (1888-1972), qui fut un poète manceau reconnu, avec notamment un recueil intitulé Poèmes disparates, publié en 1946, contant avec humour les déboires et les tracasseries de la vie sous l’Occupation, sans complaisance pour les travers de ses contemporains. Il écrivait aussi dans Le Maine Libre et offrait volontiers ses rimes au bulletin paroissial, comme aux commerçants pour leurs vœux de nouvel an.
J’ai donc naturellement gardé cette habitude de relater les belles rencontres que j’ai faites au cours de toutes mes années d’animations bénévoles. Mes lectures comme mon écriture, centrées au départ sur la poésie, se sont diversifiées vers chansons et nouvelles, ce qui a débouché sur un ouvrage, Mots-cœurs diurnes, qui est paru en 2004.
LC. Depuis quand vous intéressez-vous au Slam ?
APN. C’est en 2005 que j’ai découvert le Slam, qui existait pourtant depuis plus de vingt ans aux États-Unis, avec son fondateur Marc Kelly Smith, que j’ai eu la chance de rencontrer au Mans en 2008 et 2009.
Ce qui m’a séduit d’emblée, c’est la définition qu’il en donne et qu’il incarne : « le Slam combine la scène et la poésie, c’est avant tout un spectacle vivant interactif entre le poète et le public. Le Slam vient de l’argot américain la claque pour ceux qui aiment faire claquer les mots ».
LC. Parlez-nous maintenant de la rencontre décisive qui vous a conduit vers cette nouvelle écriture de poésie slamée.
APN. C’est l’écoute du premier album de Grand Corps Malade, Midi 20,en 2006, qui a marqué ce tournant dans mon écriture. Cet artiste, porteur d’un humanisme, d’une intelligence d’écriture, d’une sensibilité sans sensiblerie, d’une présence sur scène qui m’ont touché au cœur, est devenu une référence et une nouvelle inspiration pour moi.
Le Slam m’a permis de m’éloigner des chiffres pour me tourner résolument vers les lettres et les mots.
À presque 60 ans, je me suis passionné pour le Slam au point de créer au Mans un collectif avec trois copains Maël, Marc et Nico, que nous avons appelé Slam’inspir.
LC. Puisque le Slam est avant tout un spectacle vivant, où vous produisez-vous au Mans ou ailleurs ?
APN. Dès 2007 notre collectif Slam’inspir est sollicité par la municipalité du Mans qui met deux animateurs et un lieu, le bar Le Palais, à disposition pour faire vivre le Slam dans les quartiers, grâce à une scène ouverte que nous avons animée toutes les semaines pendant 7 ans.
Depuis 2018 j’ai aussi la chance de pouvoir me produire dans un formidable lieu vivant du Mans, L’Épicerie sur le zinc, qui propose une scène ouverte aux écrivains tous les troisièmes mercredis du mois.
LC. Avez-vous publié à cette époque ?
APN. En 2010 j’ai édité un premier CD sous le titre Petit Lutin des villes et des champs.
Ça me donne l’occasion de vous conter une anecdote : en effet, il est de coutume dans le monde du Slam de se doter d’un surnom. Pour ma part, il m’a été offert de manière fortuite par un enfant présent à la 24èmeheure du livre devant le rayon bandes dessinées, qui, en me voyant, a interpellé sa mère en lui disant « Regarde maman, le monsieur on dirait un petit lutin ! ».
Je me suis évidemment saisi du cadeau. En clin d’œil à Monsieur de la Fontaine, j’ai ajouté à Petit Lutin, « des villes et des champs », avec l’ambition de gommer les dualités urbaines et rurales.
En 2014, l’association Urban Music Tour a contribué à l’élaboration de mon deuxième CD Kaléidoscope. Ce titre-là n’est pas anodin non plus, puisque le Petit Robert nous parle au sens figuré « d’une succession rapide et changeante d’impressions, de sensations » ce qui convient bien au Slam, n’est-ce-pas ?
LC. Et aujourd’hui qu’est-ce qui vous a donné envie de publier avec La plume de Léonie ?
APN. J’ai découvert la création de cette maison d’édition qu’est La plume de Léonie dans un article du Maine Libre, il y a un an et j’ai souhaité rencontrer les éditeurs pour en savoir un peu plus sur le fonctionnement de leur association.
Je me suis intéressé à leur première publication Surveillez le poète de B.V. Chartier, puis j’ai été particulièrement attiré par leur deuxième ouvrage, un collectif de poètes sarthois se rencontrant régulièrement à la médiathèque, Café Poésie à Sillé le Guillaume.
Ce recueil m’a permis de découvrir toute une palette d’écritures poétiques, que j’ai appréciée davantage encore quand certains des auteurs m’ont rejoint à L’Épicerie sur le zinc pour des lectures à voix haute.
Leurs retours très positifs sur mes propres textes slamés m’ont donné le goût de travailler à mon tour sur un choix de textes représentatif de mes écrits de ces dernières années. Je souhaite pouvoir refaire des spectacles vivants après toute cette période de contrainte sanitaire, à l’issue desquels je pourrai proposer un petit recueil-souvenir à prix modéré.
Bernard Victor Chartier et vous Lydie, avez suffisamment apprécié mon projet pour éditer ce recueil de poésies slamées, ce dont je vous remercie chaleureusement.
LC. Effectivement nous avons été séduits par vos textes et par la belle énergie que vous mettez à les déclamer en faisant bien « claquer » leurs mots…
Pour conclure, j’aimerais que vous puissiez résumer l’intention de votre ouvrage et de son titre, « Les traversées des mots », pour que même les lecteurs peu habitués à la poésie slamée puissent en savourer « la substantifique moelle » vantée par Rabelais et son Gargantua.
APN. Si mon ambition a pu changer de modes d’expression au cours des années, elle porte toujours les valeurs qui m’habitent : humanisme, respect, fraternité, simplicité, optimisme et authenticité.
Le Slam permet d’exprimer sans langue de bois des faits sociétaux douloureux, injustes, violents sans céder à la vulgarité, à l’agressivité, à la chasse aux sorcières, ni à la passivité.
Mes poèmes se veulent coups de projecteur, paroles pour les petits, les plus faibles, mise en lumière des oubliés, mais aussi célébrations de tous les espoirs, de l’amour, de la générosité, du partage et de l’humour.
Quant au titre de mon ouvrage, Les traversées des mots, il parle du mouvement qui caractérise le vivant et de la force de la poésie pour nous aider sans cesse à traverser la vie.
Alors bon cheminement avec mes poésies slamées.
