
À tout à l'heure Nausicaa
Nouvelles poétiques de Bertrand Lançon
Paru en mars 2022


Biographie de Bertrand Lançon
Né au Mans en 1952 d’une mère mancelle professeur d’italien et d’un père jurassien ingénieur des Arts et Métiers, il a été élève des Jésuites de trois à seize ans. À onze ans, il a choisi d’être historien. Après ses études, il a enseigné pendant quinze ans en collège, puis, à la suite de son doctorat, vingt-cinq en université. Spécialisé en Histoire romaine, il a consacré ses recherches aux siècles tardifs de l’Empire romain, s’attachant à remettre en cause les notions de décadence et d’effondrement.
Il s’est toujours vu comme un écrivain faisant de l’histoire, s’aventurant dans la rédaction de romans policiers, et, tout récemment, de chroniques et de nouvelles.
Il a musardé dans l’alpinisme, le ski, le kendo, la peinture et la photographie argentique. Professeur honoraire, père de cinq enfants et provincial dans l’âme, il vit et promène son basset hound dans les Alpes Mancelles, écrivant, cuisinant et jouant du luth tous les jours.
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Prologue
Si l’on tient aux classifications, on pourrait dire que les textes qui sont ici présentés appartiennent au genre de la nouvelle. Ce sont en effet des récits brefs, qui vont de quelques lignes à quelques pages en racontant une histoire.
Lorsqu’on écrit, il arrive que l’on se donne des contraintes qui, loin d’enfermer, stimulent. En 2010, je me suis donné pour défi d’écrire une nouvelle par semaine. Il est à croire que, loin d’être un défi intimidant, cette discipline a créé une « dynamique », chaque nouvelle en appelant une ou plusieurs autres. C’est la raison pour laquelle ce livre réunit à peu près 52 textes. Chacun d’entre eux s’attache à un objet particulier : une sensation visuelle, auditive ou olfactive, un événement ponctuel, prétextes pour tous à pétrir la pâte de l’émotion.
Ces nouvelles ont été mises en jachère à la fin de 2010. Douze ans plus tard, les voici reprises, retravaillées, pour être offertes à la lecture dans ce volume.
Il ne s’agit pas d’autobiographie, disons-le tout net, mais d’inventions nées de l’observation. On parlera plutôt d’éclats de vécu sertis dans la fiction. Le sujet est un homme, nommé « il » ; il est parfois une femme nommée « elle ». Chaque nouvelle apparaît comme une pièce du puzzle qu’est leur vie, à un moment donné. Le titre, qui est celui de l’une d’entre elles, évoque un beau personnage féminin d’Homère qui, dans l’île des Phéaciens, soigne, accueille et aime le naufragé. Nausicaa fait de ce livre une sorte d’odyssée intime où l’avatar d’Ulysse cesse son périple en la choisissant. Il faut la trempe d’Ulysse, que je ne possède pas, pour reprendre la mer après Nausicaa. Ici, « il » décide de rester et de faire d’elle sa définitive. Pas d’adieu, donc, mais un simple « à tout à l’heure » qui vient apaiser la tension tragique du mythe. Pas d’entêtement dans son marbre ou son pli : Nausicaa devient Pénélope..
Pour être de la prose, chacune de ces nouvelles est tournée dans une inclination musicale, avec un micro-scénario soucieux d’aboutir à une chute qui surprenne. En ce sens, cette prose obéit à un désir qui l’apparente à l’expression poétique, sur laquelle se concentre le travail éditorial de La plume de Léonie.
Ces nouvelles sont indépendantes les unes des autres et peuvent être lues aussi bien à l’unité qu’en grappes aléatoires ou en continuité. Les lecteurs s’aviseront cependant que la lecture cumulative, quelle que soit sa forme, tisse des fils entre elles, formant une trame qui vient tisser un roman-puzzle qui parle du cœur aimant, lequel parvient rarement à surseoir à la douleur.
J’adresse un chaleureux merci à Bernard Victor et Lydie Chartier, qui ont assez aimé ces nouvelles pour désirer les publier dans leur belle maison d’édition.
B.L.
Mont-Saint-Jean, mars 2022
